Sous l'îlot Providence, les bains de la rue du Baignoir
Au cœur de Belsunce, le diagnostic patrimonial de l'îlot Providence a fait ressurgir un établissement de bains fondé à la fin du XVIIe siècle. Récit d'une enquête menée entre plans anciens, relevés et maçonneries.
Un îlot d'une extrême compacité
Comme de nombreux îlots de Belsunce, l'îlot compris entre la rue Nationale, la rue du Baignoir et la rue de la Fare résulte d'assemblages fonctionnels et fonciers particulièrement complexes. Commerces, douches, chaufferie, logement et terrasses s'y imbriquent autour d'un patio, le seul espace du site en pleine terre. Pour la SOLEAM, qui prépare la recomposition du secteur Nationale-Providence, l'agence a mené le diagnostic patrimonial de l'îlot, rendu en mars 2026, avec le BET Axiolis et EDICTIS. Avant de décider ce qui peut être démoli, il fallait comprendre ce qui s'y trouve. Pour décrire un tel enchevêtrement, nous avons choisi une partition fonctionnelle, fondée sur la configuration actuelle du site.
Des bains et étuves à la turque
Sur la rue du Baignoir, un portail daté de 1672, avec son emmarchement, ses pilastres et son fronton sculptés, signale l'entrée historique des « Bains et étuves ». Un canal maçonné, revêtu de mortier et muni de tuyaux en terre cuite, conduisait l'eau depuis la rue jusqu'à la fabrique des bains, d'où des conduites la distribuaient vers les fontaines, les piles et les différents dispositifs du bain. Les sources décrivent un noyau thermal avec fourneau et bassins, des espaces voûtés couverts de dômes, un salon central entouré de chambres équipées d'installations hydrauliques, une grande salle, une cour, des appartements à l'étage, un lavoir et des lieux communs. Une organisation proche des bains à la turque, dont un témoignage du XVIIIe siècle, à Livourne, confirme une disposition semblable.
Le plan de Razeau, en 1743, montre encore les bains et étuves intégrés à un corps de bâtiment sur rue. Sur le cadastre napoléonien de 1820, ce bâtiment ne fait plus partie de l'unité foncière des bains : l'usage avait changé entre-temps.
Du front de rue au cœur d'îlot
Entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, l'établissement quitte le front de rue pour s'installer en cœur d'îlot, autour d'un jardin d'agrément, dans une configuration en patio. En 1827, les bains appartiennent à Marie-Rose Bompard, veuve Arnoux ; rien n'indique qu'elle, ou son époux, soit à l'origine de ces transformations. En superposant le cadastre de 1820 au relevé de géomètre réalisé en 2025, nous avons pu vérifier que les emprises foncières n'ont presque pas bougé depuis deux siècles. La même comparaison révèle une seconde phase : au cours du XIXe siècle, le jardin devient un patio couvert, porté par des consoles métalliques et de grandes demi-fermes en profilés en T, absentes du cadastre de 1820.
Chaque mur de l'îlot a reçu une hypothèse de datation : 1672, entre 1780 et 1820, entre 1840 et 1920, entre 1920 et 1960, après 1960. Lue en volume, la carte montre un noyau ancien enveloppé de couches successives.
Ce qui reste, ce qui revient
Le diagnostic se conclut par une synthèse qui classe les éléments patrimoniaux en trois priorités : restaurer, réhabiliter, réemployer. La cheminée en briques de la chaudière est à restaurer et à conforter. La cuve de la chaudière, elle, peut être transformée pour accueillir des usages nouveaux, sa surélévation en brique creuse n'ayant pas d'importance patrimoniale. Les marbres, les sols à cabochon et les carreaux de ciment sont valorisables en réemploi dans le futur projet. Le rythme du parcellaire ancien, aux 27 et 29 rue Nationale, est à révéler. Les deux néfliers de la jardinière, qui qualifient aujourd'hui le patio, figurent aussi parmi les éléments relevés.
Un diagnostic ne sauve rien à lui seul. Mais il donne au projet de renouvellement urbain de quoi s'appuyer sur l'existant, et d'articuler amélioration du cadre de vie, renouvellement des usages et préservation d'une identité que trois siècles de transformations n'ont pas effacée.